Quel devenir pour nos forêts ?

Par Jean-Guénolé Cornet, Président Fondateur de Néosylva

La canicule et les incendies exceptionnels de cet été nous ont plongé dans la stupeur, agissant comme un rappel brulant faces aux alertes des scientifiques sur le changement climatique depuis trois décennies. Il a fallu agir dans l’urgence, parer au plus pressé pour éviter le pire en comptant sur le dévouement admirable des pompiers et de nombreux bénévoles. Dans quelques semaines l’été sera fini mais les dégâts mettront des années pour être réparés et d’ici là, nous savons que nous risquons de connaitre de nouveaux records de température.

Où allons-nous ? A quoi devons-nous nous attendre ? Notre pays sera-t-il encore habitable ? Que deviendront nos forêts ?

Cet article propose quelques réflexions en montrant le rôle important que sont amenées à jouer nos forêts dans les prochaines décennies. Les forestiers sont aux premières loges pour voir les effets du changement climatique et savent que nous n’en sommes qu’au début. Ils savent aussi que la puissance de vie de la nature, doublée de l’ingéniosité humaine ont su transformer des lieux arides ou insalubres en terres habitables et que si nous nous en donnons les moyens, nous saurons faire face aux défis qui nous attendent. En relisant le passé et en regardant la situation d’autres régions qui connaissent le climat que nous aurons probablement demain en France, il est possible d’esquisser quelques lignes directrices pour mieux nous préparer à ce qui nous attend.

Les nombreux rôles de la forêt

Depuis la première révolution industrielle, notre monde a connu un développement économique sans précédent, rendu possible par l’accès aux énergies fossiles : charbon, puis pétrole et gaz, qui constituent aujourd’hui la grande majorité de notre consommation d’énergie (voir le graphique ci-après).

Nous savons que nous touchons à la fin de cette ère car les ressources fossiles ne sont pas renouvelables avec des stocks qui s’amenuisent, mais surtout parce que leur usage massif est la cause principale des dérèglements climatiques qui nous affectent. La préservation de l’habitabilité de notre planète passera nécessairement par une plus grande sobriété et un développement du renouvelable, en particulier pour ce qui touche à l’énergie et aux matières premières.

Dans cette transition, les forêts sont amenées à jouer un rôle important pour plusieurs raisons.

La forêt et l’énergie

Jusqu’au milieu du XIXème siècle, l’énergie utilisée provenait de la force humaine et animale, de la force du vent,de l’eau et de la biomasse, principalement le bois issu des forêts traitées massivement en taillis afin d’optimiser la quantité de biomasse produite. Si elle ne pèse que 2% de la production électrique[1], la biomasse reste aujourd’hui la première source d’énergie renouvelable en France, essentiellement utilisée pour produire de la chaleur du fait d’un rendement supérieur à celui obtenu lorsqu’elle sert à produire de l’électricité. Elle est très pertinente pour les process industriels thermiques et les réseaux de chaleur, en particulier dans le secteur résidentiel[2]. Elle est également utilisée pour la production de gaz vert, en substitution directe du gaz fossile. Enfin, ancêtre du pétrole et du gaz, elle est constituée des mêmes longues chaînes d’atome de carbone et peut potentiellement être utilisée en substitution du pétrole et du gaz pour la production de leurs produits dérivés (textile, plastique…).

Pour mieux appréhender le potentiel de la biomasse dans la transition écologique et sa place aux côtés des autres énergies renouvelables, il est intéressant de faire un parallèle entre la forêt, considérée uniquement sous l’angle de la production d’énergie stockée dans la biomasse, et le photovoltaïque.

Considérons un hectare de terrain. La quantité d’énergie lumineuse reçue est de l’ordre de 14 000 MWh par an en France. Elle est indépendante de l’usage du sol. Un hectare de panneaux solaires coûte environ 1,5 million d’euros sur 20 ans et restitue 10% de l’énergie reçue, soit 1 400 MWh par an[3]. Un hectare de forêt coûte 10 000 euros d’investissement sur la même période et restitue de l’ordre de 0,25% de l’énergie solaire reçue[4]. La forêt a donc une capacité naturelle à stocker et à restituer 40 fois moins d’énergie que le photovoltaïque,  mais pour un coût de l’ordre de 150 fois inférieur

Cette comparaison très simpliste ne prend pas en compte les autres services que rend la forêt ni, à l’inverse, la dette écologique liée à la production et au recyclage des panneaux solaires. Ainsi, la forêt sera très probablement amenée à jouer un rôle croissant dans les prochaines décennies, en tant que productrice de biomasse énergie aux côtés d’autres solutions renouvelables, avec un rendement bien moindre mais en étant la seule qui ne creuse pas en miroir notre dette écologique.

La forêt et le bois d’œuvre

En France, le secteur du bâtiment représente à lui seul 44 % de la consommation énergétique et près de 25 % des émissions de gaz à effet de serre[5]. La part du marché du bois dans la construction est de l’ordre de 10%[6], soit un des taux les plus bas de l’Union Européenne et trois fois inférieur à celui des Etats-Unis. Or, comparé aux autres matériaux de construction, le bilan carbone du bois est nettement meilleur (voir graphique[7]). Dans ce domaine aussi, la décarbonation de l’économie passera probablement par un accroissement de la part du bois et des autres biomatériaux dans la construction.

Pour mesurer le lien entre forêt et construction bois il est intéressant de le mettre en chiffre. Un bâtiment en bois utilise en moyenne 0,15 m3 de bois par m² de plancher. Un hectare de forêt productive produit en moyenne 10 m3/ha/an de bois[8]. Ainsi, sur 30 ans un hectare de forêt produit 300 m3 de bois rond. En prenant en compte un rendement matière de 50% lors de la transformation du bois, 300 m3 de bois rond donnent 150 m3 de bois transformé (planche, poutre, panneau…). Ainsi, un hectare de forêt en 30 ans produit le bois nécessaire à la construction de 1.000 m² de bâtiment.

En extrapolant et en supposant que toutes les constructions en France étaient faites en bois, environ 15% de la surface forestière française permettrait de produire de manière durable tout le bois nécessaire[9]. Ce chiffre est évidemment théorique car il ne tient pas compte des autres usages du bois, des enjeux de conservation et des contrainte liées à la gestion et l’exploitation forestière. Il montre cependant que nos forêts ont un potentiel à fournir durablement beaucoup plus de bois en substitution d’autres matériaux de construction non renouvelable ou au bilan carbone moins favorable.

La forêt, le sol et l’eau

L’analyse historique des politiques forestières menées durant les siècles derniers et jusqu’à nos jours dans le monde montre que la première motivation des gouvernements n’était souvent pas la production de bois ou d’énergie, mais la lutte contre l’érosion et la régulation de l’eau. Ce lien entre le sol, l’eau et la forêt est connu depuis l’Antiquité comme nous le prouvent ces mots de Pline l’Ancien :

« Souvent, après que l’on ait coupé des bois, naissent des sources que les arbres consommaient pour leur nourriture : par exemple, sur le mont Himus, lorsque Cassandre assiégeait les Gaulois qui coupèrent une forêt pour se faire un retranchement. Souvent, en abattant les bois qui couvraient une colline, et qui retenaient les nuages et s’en alimentaient, on a vu se former des torrents désastreux[10] »

En France, entre le XIIIème et le XIXème siècle, le surpâturage des ovins en montagne et la coupe de bois pour le chauffage ont provoqué une mise à nue progressive de la roche et engendré des glissements de terrain, des crues torrentielles et des inondations. Pour limiter ces risques, l’État a entrepris à partir de 1860 d’exproprier, de reboiser et d’entretenir près de 300.000 ha de terrain de haute montagne. Cette mission est toujours assurée par le service des Restauration des Terrains de Montagne de l’Office National des Forêts[11].

Un autre exemple plus récent nous est fourni par la Chine. La déforestation et le développement de l’agriculture intensive, notamment avec la politique du Grand Bond en avant lancée en 1958, ont causé la désertification de 27% du territoire chinois sur lequel vivent 400 millions de personnes[12]. Pour endiguer la progression des déserts de Gobi et du Taklamakan, le gouvernement a lancé en 1978 la création d’une Grande muraille verte. Elle constitue aujourd’hui le plus grand massif forestier artificiel au monde.

La forêt et le carbone

Ce lien entre forêt et carbone est bien connu et documenté. Par la photosynthèse, le carbone de l’atmosphère est « piégé » dans la biomasse en libérant des molécules de dioxygène, ce qui fait dire que la forêt est un poumon de la planète. Plus exactement, la forêt joue un rôle de stock de carbone lorsqu’elle est à l’équilibre, elle est une source de carbone si elle se dégrade et au contraire un puits de carbone si elle se développe.

Les forêts dans le monde représentent le deuxième plus grand puits de carbone de la planète après les océans.

En France, le stock de biomasse forestière – qui est corrélé au stock de carbone – a augmenté de 50% sur les quatre dernières décennies[13], ce qui fait de la forêt française un puits de carbone majeur des émissions nationales de gaz à effet de serre. Cependant, ce rôle de puits est aujourd’hui menacé. C’est l’un des constats les plus marquants de la dernière campagne d’inventaire de l’IGN qui confirme une tendance observée depuis plusieurs années : la mortalité des arbres a plus que doublé en dix ans[14] et le puits forestier annuel est passé d’environ 63 MtCO? à 39 MtCO? dans la même période. L’enjeu est aujourd’hui de limiter l’érosion de ce puits de carbone naturel tout en sachant qu’il n’est déjà plus possible de le maintenir en l’état.

La forêt, la biodiversité et les paysages

La biodiversité forestière englobe la diversité des espèces, des gènes et des écosystèmes, ainsi que leurs interactions. Elle est essentielle pour assurer la résilience des forêts face aux maladies et aux aléas climatiques et in fine la permanence des services rendus par la forêt. On estime que les forêts hébergent à elles seules plus de 80% de la biodiversité terrestre[15].

La biodiversité est cependant difficile à appréhender car elle est complexe à mesurer scientifiquement, en l’absence d’une métrique de référence comme pour le bois, l’énergie ou le carbone. La question de l’optimal écologique d’un écosystème fait débat comme celui de l’impact de l’homme sur la biodiversité.  Un paysage qui paraît « naturel » ou « sauvage » n’est pas nécessairement celui qui présente la biodiversité la plus élevée, et certains habitats très riches sont issus ou dépendants d’activités humaines anciennes. C’est ainsi qu’on subventionne la poursuite du pâturage en montagne, afin d’éviter l’enfrichement naturel de prairie qui n’aurait pas existé sans les bergers.

 La perception sociale de la biodiversité est fortement influencée par des critères paysagers. Plus le paysage est beau, plus il est divers et plus nous projetons sur lui une valeur de biodiversité élevée, ce qui n’est pas complètement faux mais reste assez subjectif.

La forêt et la récréation

Pour la plupart de nos concitoyens, les forêts sont d’abord des paysages et des lieux où l’on aime se promener. Plus des deux tiers des Français vont dans la forêt au moins une fois par an. La moitié des visiteurs s’y rendent plus de 8 fois par an. Les usages récréatifs des forêts métropolitaines couvrent des réalités variées : les promenades en forêt (63 %), le fait de profiter du paysage (47 %), l’observation de la nature (25 %), la randonnée (29 %), la cueillette (19 %), le jeu avec des enfants (13 %) et les sports de nature (12 %) sont les activités les plus pratiquées pendant une visite en forêt, la pêche et la chasse (2.4 %) concernent une part beaucoup plus réduite des visiteurs. Les forêts, en particulier péri-urbaines, jouent donc un rôle important pour nos concitoyens qui considèrent à plus de 90% qu’elles ont un impact positif sur leur santé[16].

Mon avis sur la préservation et l’adaptation de la forêt

Les forêts sont donc au confluent de besoins primaires tels que l’énergie, l’eau ou le logement, et de services environnementaux et sociaux dont la valeur, sans être marchande, est indéniable .

La préservation et l’adaptation de ces écosystèmes face au changement climatique est donc une priorité. Nous pouvons être spectateurs en réagissant au coup-par-coup, ou acteurs en nous mettant résolument en ordre de marche pour accompagner ces changements. Voici quelques pistes de réflexion en ce sens.

La nécessaire adaptation de la forêt à la vitesse du changement climatique

La première chose qui me semble importante de bien comprendre est que nos paysages vont évoluer, qu’on le veuille ou non. Nous pouvons être spectateurs et subir ces changements ou décider d’être parties prenantes et les infléchir, mais nous ne pouvons plus les arrêter. Ils seront la résultante de deux facteurs.

Le premier facteur est le changement climatique, nous l’avons dit. Le problème n’est pas tant le climat en lui-même que la vitesse du changement. Les arbres sont par nature longévifs et immobiles et donc lents à s’adapter. La vitesse de déplacement naturel de l’aire de répartition des essences forestières, c’est-à-dire leur capacité à migrer pour coloniser de nouveaux espaces, est environ dix fois inférieure à celle qu’elles devraient avoir pour suivre le changement du climat[17].

Le deuxième facteur est anthropique, il s’agit de nous et de la manière dont nous satisferons nos besoins dans les décennies à venir. Pour bien comprendre ce point, retournons-nous à nouveau vers le passé. Si la surface de la forêt française a doublé depuis deux siècles, ce n’est pas en raison d’une meilleure conscience environnementale que nous aurions aujourd’hui par rapport à celle de nos ancêtres. C’est parce que nous avons fondé notre développement économique depuis la première révolution industrielle sur le charbon, le pétrole et le gaz. Ils nous ont permis de réduire considérablement nos besoins en bois énergie et d’intensifier notre productivité agricole, ce qui a eu pour conséquence de libérer des terres qui sont revenues à la forêt. Dans beaucoup de forêts en France on retrouve les marques des terrasses, murets et autres vestiges de terrains antérieurement cultivés. La décarbonation de notre économie passera nécessairement par un usage accru des matières premières et sources d’énergie renouvelables et notamment du bois. Le fait que nous n’exploitions actuellement que les deux tiers environ de la production annuelle de bois[18] est un luxe que notre pays ne s’était pas offert depuis près de 1000 ans – mis à part les périodes d’épidémie ou de guerre – et qu’il ne pourra peut-être plus s’offrir à l’avenir

La nécessaire recherche d’un consensus politique. Il me semble que la deuxième chose à faire est de travailler à l’émergence d’un consensus politique sur ces questions, et pour cela d’en finir avec l’écologisme politique, dont je constate qu’il n’a pas su rassembler mais a davantage divisé.

Je m’explique.

La prise en compte des enjeux écologiques dans l’action politique ne devrait pas être le fait d’un parti politique mais une cause commune puisqu’elle porte sur un bien commun, peut-être le bien le plus commun qu’il soit . Or on constate souvent que les propositions politiques touchant à l’écologie sont portées dans le débat public plutôt comme un moyen de conquête électorale que pour rassembler autour d’un objectif commun. En simplifiant jusqu’à la caricature l’analyse des propositions, les débats sur les questions écologiques se cristallisent souvent autour de quelques éléments saillants sans prise de hauteur, sans que l’on fasse une analyse réelle des coûts et bénéfices de chaque alternative. Il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre, on clive en perdant de vue la globalité du sujet.

Pour les forestiers, un bon exemple de cette impasse politique est la cristallisation de l’opinion sur la question des coupes rases.

Sur le fond, la surface de coupe rase en France est restée stable depuis des décennies[19] et les pratiques se sont plutôt améliorées. Ce qui a changé c’est le regard de l’opinion, probablement parce qu’il a perdu le sens de la ruralité et accepte mal l’impact paysager.

Entendons-nous bien. Il est légitime que le travail des forestiers, en tant qu’il impacte notre environnement, soit soumis au débat public et que nous, forestiers, soyons attentifs à faire évoluer nos pratiques en ce sens.

Ce qui n’est pas légitime et est même délétère, c’est que l’on simplifie les choses à outrance sans expliquer que la coupe rase suivie du renouvellement de la forêt est une pratique ancienne et éprouvée, qu’elle est le mode de gestion le plus utilisé dans les forêts productives du monde et que les produits à base de bois que nous achetons chez IKEA où sur Amazon sont en majeure partie issus de coupe dite rases… de forêts gérées durablement.

Lorsqu’il existe des alternatives à la coupe rase, utilisons-les, mais cela ne peut être une doctrine.

On omet de dire que la forêt française a vu sa superficie doublée sur les deux derniers siècles et son volume de bois augmenter de 50% depuis 40 ans, chiffres peu compatibles avec l’image d’une filière qui se comporterait en prédatrice d’une ressource naturelle surexploitée.

On omet de dire que ces forêts appartiennent pour les trois quarts à quelques 3 millions de petits propriétaires privés qui ne tirent le plus souvent aucun revenu de leurs forêts, quand elles ne leur coûtent pas.

On omet de dire que pour accompagner la nécessaire adaptation de nos forêts au changement climatique nous devons au contraire rajeunir l’âge moyen de nos forêts et accélérer la migration de nouvelles essences en anticipant au contraire le renouvellement des peuplements en sursis climatiques.

A force de communications simplistes, ceux qui abattent un arbre aujourd’hui savent qu’ils s’exposent à la vindicte populaire. On a vu des ouvriers forestiers se faire insulter alors qu’ils travaillaient à la sécurisation de sentiers de randonnées, par ceux-là même dont ils assuraient la sécurité.

Pour le monde agricole, le clivage récent autour de la loi Duplomb montre le même malaise. Le débat ne devrait pas être posé entre ceux qui sont pour ou contre les pesticides et néonicotinoïdes. Cette simplification polarise et abaisse les discussions. Le débat devrait être de savoir si notre autonomie alimentaire reste une priorité et si oui, quels sont les avantages et inconvénients des options sur la table. Je n’ai aucune compétence sur cette question, mais interdire les pesticides et néonicotinoïdes en France tout en continuant d’importer des produits qui en contiennent, relève, il me semble, du calcul politique et de l’idéologie plutôt que du bon sens.

Le nécessaire alignement sur le temps long de l’arbre

Ma troisième réflexion est que des solutions existent. Il suffit pour s’en convaincre de regarder ailleurs dans le monde ou dans notre propre histoire.

Revenons aux Landes de Gascogne par lesquelles nous avons commencé cet article.

Avant l’intervention humaine, le massif des Landes était une vaste plaine marécageuse, insalubre et pauvre. Les habitants y vivaient principalement du pastoralisme sur des échasses pour se déplacer dans les marécages. On raconte que les bergers se maintenaient avec leur troupeau sous la fumée d’un feu de broussaille pour échapper aux moustiques. Le paysage était constitué de zones humides et n’avait rien de la forêt que l’on connait aujourd’hui. Les terres mal drainées favorisaient la stagnation de l’eau et la propagation de maladie. De tous les chemins des pèlerins vers Saint-Jacques-de-Compostelle, ce tronçon était réputé être le plus redoutable.

Photo d’archive dans les Landes de Gascogne © Retronews

L’introduction progressive du pin maritime à partir du XVIIIème siècle, d’abord sur le cordon dunaire à des fins de stabilisation du sol, puis à l’intérieur des terres pour produire de la résine et finalement du bois, a permis de contenir la dune et d’assainir les sols. L’écosystème a été profondément changé, transformant ces plaines humides et inhospitalières en ce que nous connaissons aujourd’hui.

Quelles ont été les clés de ce changement ? Une volonté politique claire[20] et un travail lent et ingénieux d’accompagnement de la nature pour identifier, introduire, éduquer et étendre cette espèce, le pin maritime, l’une des rares à être capable de survivre dans de telles conditions. Après 150 ans de travail, les pins que nous connaissons aujourd’hui sont bien différents de ceux de l’époque, chétifs et tortueux. Pourtant, nous n’avons rien créé, tout se trouvait déjà en germe dans le patrimoine génétique de cette espèce.

L’histoire des Landes montre que les écosystèmes forestiers et les paysages ne sont pas immuables, que la nature nous procure une incroyable richesse de biodiversité et que le génie humain, s’il s’inscrit dans le temps long, est capable d’accompagner la nature pour modifier la trajectoire d’un territoire et répondre aux enjeux du temps et du lieu.

Ce que nous avons su faire dans le passé, nous saurons le refaire dans l’avenir pour que notre pays demeure habitable.


[1] SDES, Chiffres clés de l’énergie – Édition 2025, Bilan énergétique de la France : le bois-énergie demeure la première source d’énergie renouvelable consommée en France et est quasi exclusivement dédié au chauffage. https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/chiffres-cles-energie/fr/6-bilan-energetique-de-la-france

[2] Source : Statistique publique de l’énergie, des transports, du logement et de l’environnement. Chiffres clés des énergies renouvelables, édition 2025

[3] Commission de régulation de l’énergie (CRE), État des lieux des appels d’offres PPE2, 2026, p. 15 : CAPEX moyens des projets photovoltaïques au sol proches de 900 €/kWc pour la période de juin 2025

[4] On considère que une tonne de biomasse avec une humidité de 25% présente un pouvoir calorifique de 3,5 MWh, avec une production moyenne de 10 tonnes de biomasse par ha et par an

[5] ADEME, Lettre ADEME Recherche, n° 43, juin 2023, « De la rénovation par gestes à la rénovation globale et performante »

[6] BâtiZoom, Observatoire de la Transition Ecologique du Bâtiment, ADEME, 2024 et 2024

[7] Fiches FDES, analyses de l’ADEME et du label BBCA

[8] Inventaire forestier national, IGN, 2025. Les forêts plantées produisent en moyenne 10,3 m³/ha/an contre 4,5 m³/ha/an en moyenne nationale. Elles représentent 14% de la surface de forêt et 37% des récoltes de bois.

[9] On se base sur un chiffre de 50 millions de m² de nouvelles construction (résidentielle et non résidentielle) en France annuellement. Cela donne une surface de forêt théorie de 1,5 millions d’hectare sur la base d’un accroissement moyen de 10 m3/ha/an et de 3 millions d’hectares avec un accroissement moyen de 5 m3/ha/an. Cette surface est à comparer avec la surface de la forêt en France (hors Guyane Française) de 17 millions d’hectares.

[10] Pline, XXXI, 30

[11] Office national des forêts (ONF), dossier « L’Homme et la forêt : de la sur-exploitation à la reconstitution » : la Restauration des terrains en montagne a traité 1 100 torrents et reboisé 300 000 hectares. https://www.onf.fr/outils/articles/e671ba24-9ea4-462a-8711-1fd292f01728/

[12] « The Green Wall Of China », sur wired.com, Wired 

[13] Inventaire forestier, IGN, 2025

[14] IGN, Derniers résultats de l’inventaire forestier national : surface en extension, santé des arbres qui se dégrade et autres faits marquants, 2025

[15] FAO, Global Forest Resources Assessment 2020 : les forêts abritent environ 80 % de la biodiversité terrestre mondiale. https://www.fao.org/interactive/forest-resources-assessment/2020/en/

[16] Les usages récréatifs des forêts métropolitaines, Un état des lieux des pratiques et des enjeux. Efese, 2019

[17] Réseau AFORCE, « Le changement climatique : aujourd’hui et demain » : les migrations naturelles des essences sont limitées par une vitesse d’adaptation indiquée comme dix fois plus lente que le changement climatique. https://www.reseau-aforce.fr/climat-et-foret-que-sait/le-changement-climatique-aujourd-hui-et-demain

[18] IGN, Indicateurs de gestion durable des forêts françaises

[19] Elle tourne autour de 50.000 ha de forêt par an. Cela représente environ 0,3% de la surface forestière en France métropolitaine. Voir INRAE, Expertise collective CRREF, « Coupes Rases et REnouvellement des peuplements Forestiers en contexte de changement climatique », 2023

[20] Archives départementales de la Gironde, fonds « Assainissement et mise en culture des landes » : loi du 19 juin 1857 relative à l’assainissement, l’ensemencement et la mise en culture des Landes de Gascogne, travaux de drainage et d’ensemencement au XIXe siècle. https://archives.gironde.fr/ark:/25651/vta64f97edcbf59d19a


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