Depuis le début du mois de juillet, la France traverse un nouvel épisode de canicule qui s’ajoute à une vague de chaleur exceptionnelle fin juin. Les départs de feu se multiplient deux à trois semaines plus tôt que d’habitude cette année. Le gouvernement a réuni une cellule de crise en ce début juillet face à cette situation, jugée exceptionnelle par Météo-France.
Face à ce risque, un chiffre est souvent rappelé : neuf départs de feux de forêt sur dix ont une origine humaine, la plupart par simple imprudence. Ce constat justifie à lui seul la vigilance de tous. Mais il ne dit qu’une partie de l’histoire. Une fois qu’une étincelle est partie, ce qui détermine si elle reste un incident mineur ou devient un sinistre incontrôlable dépend aussi de l’état de la forêt elle-même. C’est là que la gestion forestière entre en jeu, et c’est l’objet de cet article : montrer, concrètement, comment le travail du gestionnaire réduit le risque et facilite la défense d’un massif.
Une vigilance de tous, un premier rempart

Avant d’entrer dans le détail de la gestion forestière, un rappel s’impose : 9 feux sur 10 étant d’origine humaine (mégot, barbecue, travaux produisant des étincelles), chaque promeneur ou riverain a un rôle de vigie à jouer. En matière d’incendie, les toutes premières minutes sont décisives — un départ de feu repéré et signalé immédiatement (18 ou 112) reste souvent un non-événement ; le même départ, repéré trop tard, peut devenir un incendie de plusieurs centaines d’hectares. Cette vigilance collective est indispensable, mais elle ne suffit pas : encore faut-il que la forêt elle-même limite la casse et reste défendable. C’est précisément le rôle de la gestion forestière.
Comment le travail du gestionnaire réduit concrètement le risque
Une forêt suivie et entretenue n’est pas seulement plus productive ou plus saine sur le plan écologique : elle est structurellement moins vulnérable au feu, et plus facile à défendre lorsqu’un sinistre se déclare. Cela tient à plusieurs leviers que le gestionnaire actionne au quotidien.
Créer et entretenir les accès DFCI
Les pistes DFCI (défense des forêts contre l’incendie) forment un réseau de voies, de pare-feux et de points d’eau spécifiquement conçus pour permettre aux services de secours d’accéder rapidement à un massif, de circuler pour l’attaquer sur plusieurs fronts, et de se replier en sécurité si nécessaire. Créer ces accès, les débroussailler sur les bandes latérales, entretenir leur revêtement et maintenir le gabarit nécessaire au passage des camions-citernes fait partie du travail du propriétaire ou gestionnaire forestier.
Le constat des sapeurs-pompiers est unanime sur ce point, et il mérite d’être répété : un massif inaccessible est un massif qu’on ne peut pas défendre. Une piste envahie par la végétation, un point d’eau condamné ou un accès non entretenu retardent directement l’intervention des secours et peuvent transformer un départ de feu maîtrisable en incendie hors de contrôle, simplement parce que les moyens de lutte n’ont pas pu arriver à temps. À l’inverse, un massif doté d’un réseau DFCI fonctionnel se défend beaucoup plus efficacement dès les premières minutes.
Maintenir des arbres sains, avec moins de combustible en excès

Un peuplement suivi régulièrement est un peuplement où les arbres dépérissants, malades ou morts sur pied sont identifiés et retirés avant de s’accumuler. Les arbres affaiblis par la maladie représentent un combustible supplémentaire, souvent très sec, qui augmente son intensité une fois lancé.
À l’inverse, une forêt délaissée, où le sous-bois et la strate arbustive s’accumulent sans être entretenus est mécaniquement plus vulnérable : elle prend feu plus facilement et brûle plus fort. Les éclaircies régulières et le suivi sanitaire, qui font partie du travail courant du gestionnaire, réduisent directement cette masse combustible disponible et limitent la présence de peuplements affaiblis particulièrement propices à s’enflammer.
Diversifier les essences et les structures
Un peuplement mélangé, associant plusieurs essences et plusieurs classes d’âge, est structurellement plus résistant qu’un massif monospécifique et équienne. Certaines essences sont naturellement plus inflammables que d’autres ; diversifier la composition d’une forêt, choix qui relève directement des décisions de gestion et de renouvellement des peuplements, réduit la continuité et l’intensité du combustible disponible sur l’ensemble du massif.
Créer des lisières feuillues en bordure de route
Une part importante des départs de feu se produit en bordure de route : mégot jeté d’une fenêtre, échauffement d’un véhicule, étincelle d’un pot d’échappement sur végétation sèche. Le gestionnaire peut anticiper ce risque en aménageant, sur les lisières exposées, une bande de feuillus plutôt qu’un mur de résineux. Moins inflammables et moins propices à la propagation par les cimes, les feuillus jouent le rôle d’un pare-feu vert le long des axes routiers, réduisant la probabilité qu’un départ de feu en bord de voie ne gagne rapidement le reste du massif.
Adapter les chantiers forestiers pendant les fortes chaleurs
La gestion du risque passe aussi par l’organisation même des travaux forestiers en période de canicule. Certaines machines utilisées en exploitation (débroussailleuses, engins d’abattage ou de débardage, matériel de meulage) peuvent produire des étincelles au contact de pierres ou de métal, un risque qui devient critique lorsque la végétation environnante est extrêmement sèche. Les entreprises de travaux forestiers adaptent alors leur organisation : chantiers programmés tôt le matin, aux heures les plus fraîches et les moins ventées, vigilance renforcée sur les engins susceptibles de produire des étincelles, et parfois arrêt des interventions les jours de danger le plus élevé. Cette adaptation du calendrier et des pratiques de chantier, décidée et suivie par le gestionnaire, est un levier de prévention à part entière.
En résumé : une forêt gérée, une forêt défendable

Le risque incendie n’est pas une fatalité climatique contre laquelle on ne peut rien : il résulte d’une combinaison de facteurs météorologiques sur lesquels nous n’avons pas de prise, et de facteurs liés à l’état de la forêt et à l’organisation des travaux sur lesquels, par une gestion active, on peut agir directement. Des accès DFCI entretenus, des peuplements sains et diversifiés, des lisières feuillues en bordure de route, des chantiers adaptés aux périodes de forte chaleur : chacun de ces éléments, pris isolément, réduit un peu le risque ou facilite un peu la défense du massif. Mis bout à bout, ils font une différence considérable lorsque survient un départ de feu.
Le mot de Néosylva
Chez Néosylva, le suivi régulier des forêts que nous gérons intègre pleinement cette dimension du risque incendie : entretien des accès, vigilance sanitaire des peuplements, et présence de nos responsables forestiers sur le terrain tout au long de l’année. Par précaution, en période de risque élevé, les véhicules de nos responsables forestiers sont équipés d’extincteurs, afin de pouvoir réagir immédiatement en cas de départ de feu constaté lors d’une tournée.
Mais aucune gestion, aussi rigoureuse soit-elle, ne remplace l’attention de chacun. En cette période de canicule et de sécheresse, nous appelons chaque promeneur, chaque riverain et chaque propriétaire à rester vigilant en forêt, à adopter les bons gestes, et à donner l’alerte sans attendre au moindre doute. C’est en combinant une gestion forestière active et une vigilance collective que l’on peut réellement limiter des sinistres qui, dans neuf cas sur dix, trouvent leur origine dans une simple erreur humaine.
Nous tenons enfin à adresser toute notre reconnaissance aux sapeurs-pompiers, professionnels, volontaires, civils et militaires, mobilisés sans relâche cet été pour protéger nos forêts et nos territoires, bien souvent face à des sinistres qui auraient pu être évités. Leur engagement et leur dévouement méritent tout notre respect.
